La bataille de la 5ème Brigade d'infanterie, une des glorieuses victoires de la Guerre d'Octobre

Ingi Amr Samedi 19 Octobre 2019-13:57:22 Chronique et Analyse
La bataille de la 5ème Brigade d'infanterie, une des glorieuses victoires de la Guerre d'Octobre
La bataille de la 5ème Brigade d'infanterie, une des glorieuses victoires de la Guerre d'Octobre

La Guerre d'Octobre est une épopée dans son ensemble, composée d'une multitude de victoires qui, malheureusement, demeurent inconnues pour les masses. Parmi ces victoires les plus héroïques, figure la bataille de la 5ème Brigade d'infanterie de la Troisième Armée de campagne. Cette bataille fut dirigée par le général Al-Sayed Chafeï Aboul Ela qui, à l’époqe, était colonel.

 

La bataille de la 5ème Brigade d'infanterie est accréditée par la commission de l'histoire militaire, formée par les commandants des trois Armées (Première, Deuxième et Troisième Armées de campagne ). Cette bataille est enseignée dans les commandements des Armées de campagne, dans les zones militaires ainsi que dans les facultés et instituts militaires. Pour obtenir le grade de lieutenant colonel, pour devenir attaché militaire ou émissaire, les officiers doivent subir une évaluation sur la bataille de la 5ème Brigade.

Les détails de la bataille sont relatés, par son commandant, le général Al-Sayed Chafeï, dans un livre publié par l'Administration des Affaires  Morales des Forces Armées.

Dans son livre, le général Chafeï indique que la Guerre d'Octobre est un incident historique particulier. La guerre était un "séisme" puissant qui a ébranlé Israël dont l'armée dite "invincible" fut vaincue par l'Armée égyptienne.

Les Forces armées égyptiennes sont parvenues, pendant la Guerre d'Octobre, à détruire la théorie sécuritaire israélienne et à dissiper le mythe de l'armée invincible. Ceci en traversant le Canal de Suez et en détruisant la ligne Bar-Lev qu'Israël croyait infranchissable.

La Guerre d'Octobre a prouvé que l'armement n'est pas le seul facteur capable de trancher une bataille. D'autres facteurs comme la foi, la volonté, la détermination, la croyance en la cause qu'on défend, l'entraînement et la bonne performance, a écrit le général.

 

Obstacles et entraînement

Avant de parler de la Guerre d'Octobre et des détails de la bataille de la 5ème Brigade, il faut jeter la lumière sur les circonstances d'avant-guerre. "Après l'attaque de 1967 que je ne qualifie point de défaite, car défaite veut dire capitulation, et notre Armée n'a pas du tout capitulé", a souligné le général Chafeï dans son livre; les forces israéliennes étaient arrivées jusqu'à la rive Est du Canal de Suez. Elles avaient commencé à construire des "points fortifiés" au nord et au sud de chaque axe pénétrant la profondeur du Sinaï.

Les forces israéliennes ont également commencé à construire la Ligne Bar-Lev. C'était un immense mur de sable de 25 mètres de haut et d'une inclinaison de 45 degrés. Pour construire Bar-Lev, les bulldozers israéliens ont transporté le sable accumulé, ayant résulté du forage du Canal de Suez ainsi que le sable du désert du Sinaï vers la côte du Canal. Le but était de faire de la côte, une frontière sûre et sécurisée.

Un autre obstacle se dressait devant les forces égyptiennes. Il s'agissait du plus grand obstacle hydrique dans l'histoire militaire. C'était le Canal de Suez: une grande profondeur et des courants d'eau changeant du nord au sud et vice-versa avec une vitesse de 16m/s.

De plus, les forces israéliennes avaient construit des réservoirs de napalm derrière la ligne Bar-Lev. Les réservoirs étaient liés à des tuyaux traversant la ligne Bar-Lev. Le napalm devait être utilisé pour faire brûler la surface de l'eau du Canal au cas où les forces égyptiennes tenteraient de le traverser.

"J'ai d'abord décidé d'entraîner la brigade à nager. La natation était essentielle puisqu'ils allaient traverser le Canal. Si l'ennemi essaie de faire avorter la traversée, les soldats allaient se trouver en plein courant. Ils devaient tous apprendre à bien nager. Il n'était point question de se noyer", a indiqué le général Chafeï.

L'entraînement à la natation avait débuté dans la zone d'Al-Ataka au Golfe de Suez, 80 km loin de la position de la Brigade. "J'ai ensuite trouvé que ce serait épuisant de continuer ainsi. On a donc décidé de restaurer une ancienne piscine construite sous l'occupation britannique dans le camp de Chaloufa", a précisé le général.

La natation mise à part, venait donc la nécessité de s'entraîner à escalader la Ligne Bar-Lev. Dans la région de Bir Odeib, donnant sur le Golfe de Suez, en face d'Al-Aïn Al-Sokhna, se trouvait un col de montagne de 3,5 km de longueur. Il était deux fois plus haut que Bar-Lev et avait une inclinaison de 80 degrés.

Il fallait aussi être prêt à une contre-attaque aérienne. En cas d'avions israéliens volant à basse altitude, la Brigade d'infanterie devait tirer, tous en même temps, pour former "un barrage de feu".

 

Quatre jours avant la guerre

Quatre jours avant le déclenchement de la guerre, le commandant de la Troisième Armée de campagne a visité la 5ème Brigade. "Si la guerre commence, ce sont les combattants de l’infanterie qui détruiront les chars de l'ennemi", a fièrement dit le général Chafeï au commandant.

"Pourquoi? Tu n'as pas de chars?", s'est-il interrogé.

"Mes chars sont du type T34. Le canon est de 85 mm de calibre et de 850m de portée. Les chars israéliens sont de type M60 au canon 105 de calibre et une portée de 3 km. Je ne vais pas engager mes chars dans une bataille pour perdre à la fois chars et équipages", a insisté le général Chafeï.

"C'est l'armement que te fournit l'Etat", a répondu le commandant.

"Il faut utiliser son intelligence. Durant les bourses d'études, nous avons appris de nouvelles techniques de combat", a précisé le général. J'ai entraîné mes soldats. J'ai formé des groupes de "chasse aux chars".

 

Traversée du Canal

"Le 6 octobre 1973, un officier du commandement de la division 19 de la Troisième Armée me livre un message dans lequel il est écrit: La 5ème Brigade d'infanterie, un bataillon d'artillerie,  une compagnie de rangers traverseront le Canal à 14:00h", a indiqué le général Chafeï dans son livre.

Une demi-heure avant la traversée, les éléments entraînés pour chasser les chars ont traversé le canal, en nageant, portant des mines (couverts de plastique) qu'ils devaient planter sous les fossés qui fortifient les chars israéliens. En passant sur les mines, les chenilles des chars seraient détruites et les équipages devraient les changer. C'est le moment où nos combattants les attaqueraient. D'autres ont bloqué les tuyaux de napalm.

Selon les instructions, la Brigade devait traverser le Canal sur cinq phases. C'est à la dernière phase que le commandant de la Brigade devait être présent. "Je suis le commandant, je dois traverser le premier. J'ai répété à haute voix : "5ème brigade, suivez-mois".

"La traversée du Canal a commencé. C'était un acte glorieux qui méritait d'être filmé et photographié", a écrit le général. "La 5ème Brigade d'infanterie, 5500 soldats et 250 officiers, a franchi le Canal".

La mission d'après était de contrôler les points fortifiés israéliens numéros 146, 148 et 149.

Après la traversée, les chars des points fortifiés 146 et 148 ont commencé à se mobiliser. Quand les chars furent en mouvement, les  mines ont explosé, détruisant les chenilles des chars. Nous avons ensuite attaqué les équipages descendus changer les chenilles et les chars devinrent les nôtres. Quant aux chars qui bougeaient dans des zones ouvertes, nous les avons détruits avec les missiles Malyutka. La Brigade a pu contrôler les points 146 et 148 en 30 minutes.

Durant la première journée de combat, sept chars s'étaient retirés. Ils étaient de retour la nuit du 6 octobre. Ils ont ouvert leurs projecteurs de lumière pour aveugler les soldats égyptiens. "J'ai entraîné mes soldats sur de pareilles situations. Il faut rester par terre, fermer les yeux et prêter oreille au son d'avancement des chars. Ensuite ouvrir un œil et tirer sur le char avec le RPG.

Le deuxième jour de combat, le 7 octobre, de bon matin, le soldat chargé de surveillance aérienne nous a avertis de l'arrivée de deux avions Sky Hawk. Nous avons tiré un missile sur un avion. L'autre pilote est descendu par parachute laissant son avion tomber à côté de nous, a indiqué le général.

Le 8 octobre, il fallait contrôler le point 149,  qui était le plus fortifié.  "Nous avons tenté d'y pénétrer mais deux soldats ont été tués dans l'explosion d'une mine et trois autres blessés dans des embuscades. J'ai donc décidé d'attaquer depuis l'Est, ce serait non prévu par les forces israéliennes. L'attaque a réussi. Il y a eu 38 prisonniers et de grandes quantités de munitions et d'armes", a précisé le général.

Le 9 octobre, le commandant de la Troisième Armée de campagne a visité la 5ème Brigade. Il a donné des instructions d’arriver au "Pont de l'Armée" vers le soir du 10 octobre.

"Nous allons y arriver avant l'aube. Les chenilles des chars causeront du bruit et alerteront l'ennemi. L'infanterie exécutera une attaque nocturne silencieuse", a dit le général au commandant de la 3ème Armée. C'était la nuit du 13 au 14 Ramadan (la guerre a débuté le 10 Ramadan).

Le 11 octobre, l'ennemi a lancé une contre-attaque pour récupérer le contrôle du point fortifié 149. 26 chars ont exécuté la contre-attaque.   

Durant la contre-attaque, le responsable de la radio avait capté deux signaux en hébreu. Le premier disait: "Mes chars écrasent toute l'infanterie égyptienne". Le second disait: "Tous les chars sont incendiés sauf le mien et celui d’à côté". C'était un signal envoyé par le commandant de la contre-attaque David Grossit qui était ensuite devenu prisonnier.

Les groupes de "chasse aux chars" sont entraînés à s'allonger par terre entre les chenilles, une fois que le char passe, ils se lèvent, ouvrent la tourelle, jettent une bombe dedans, et le char est détruit", a précisé le général.

Devenu prisonnier de guerre, David Grossit fut emmené chez le général Chafeï qui lui demanda: "Que penses-tu du combattant égyptien ?"

Grossit répondit: "On nous avait dit que dès que la guerre commencera, les Egyptiens allaient s'enfuir effrayés. Mais ce que j'ai vu est totalement différent. Vous combattez de manière suicidaire. Est-ce que vous donnez des comprimés de courage aux soldats ?

"Non, c'est le courage du soldat égyptien", répliqua fièrement le général Chafeï. 

 

Le commandant de la bataille

Le général Al-Sayed Chafeï Aboul Ela fut le commandant de la bataille de la 5ème Brigade d'infanterie qui a eu lieu pendant la Guerre d'Octobre. Voici quelques dates sur ce héros.

En 1952, il a termina ses études à la Faculté militaire.

Il obtint la première bourse "Rangers" aux Etats-Unis et fut l’un des fondateurs des unités Rangers en Egypte.

En 1955-1956 il a reçu une formation aux USA sur les méthodes modernes d'entraînement lorsqu'il était enseignant à l'Ecole d'Infanterie.

En 1956, il a pris part aux opérations  contre l' "Agression tripartite"  à Port Saïd. Opérations dont il a été décoré de l'Ordre du Courage du premier degré.

De 1957 à 1960 il était le plus grand enseignant de l'Ecole des Rangers.

De 1963 à 1964, après avoir terminé ses études à l'Ecole de Guerre, il participa à la Guerre du Yémen où il était le chef des opérations de la 6ème Brigade d'infanterie mécanique.

De 1965 à 1968, il travailla à l'organe des opérations des Forces Armées.

Entre 1969 et 1970, il prit part à la Guerre d'Usure comme Chef d'état-major de la 5ème Brigade d'infanterie / Division 19.

En 1971, il est devenu commandant de la 5ème Brigade d'infanterie. Il en était le commandant durant la Guerre d'Octobre et jusqu'en 1974.

Il est devenu le commandant du 22ème bataillon d'infanterie et a obtenu le prix de la Zone Centrale pour le meilleur bataillon d'infanterie dans le tir tactique.

Il fut nommé président de la branche d'entraînement au combat au sein de l'organe d'entraînement des Forces Armées. Il eut pour mission de dégager les "leçons  à tirer" de la Guerre d'Octobre.

En 1980, après l'accord de Camp David, il est parti à la retraite.

Il a rendu l'âme le 11 octobre 2019.

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